Créer un “Amazon wallon”, bonne ou mauvaise idée ?

“Et si on créait un Amazon wallon?” Dans l’éditorial du 24 février 2021 de l’Echo, Francois-Xavier Lefèvre relève cette idée parmi le lot de propositions émises lors de la consultation “citoyenne” Get Up Wallonia.

Il est difficile de cerner bien précisément ce que les citoyens entendent derrière cette idée, et surtout ce que les pouvoirs publics devraient faire, à leurs yeux, puisqu’en principe ce type de création relève de l’entrepreneuriat privé (!).

1) S’il s’agit de créer une marketplace locale, il en existe déjà bien assez (voir l’article de Regional IT “les marketplaces: Le miroir aux alouettes?”). En plus elles sont très peu visibles et donc très peu utilisées par les citoyens (peut-être même ceux qui ont émis cette idée en ignorent-ils l’existence). Et pour couronner le tout, les places de marché à capitaux privés se plaignent des concurrences, qu’elles estiment déloyales car subsidiées, des “C-Nowäl” et autres actions lancées par des pouvoirs régionaux ou municipaux. Donc pas vraiment pertinent, surtout au stade actuel du développement du marché. C’était une initiative qui aurait pu être pertinente il y a 10 ans, et qui était d’ailleurs dans les cartons en… 2007 si je me rappelle bien 😉

2) Par contre, s’il s’agit d’être un catalyseur pour faire en sorte qu’un acteur logistique wallon émerge pour assurer la livraison en circuits courts de produits frais et surgelés (à domicile, mais aussi via des points de desserte), alors cela aurait certainement plus de sens, tant la Wallonie, pourtant terre d’excellence en logistique BtoB de palettes et idéalement située géographiquement au niveau européen, reste un nain au niveau logistique BtoC de colis locaux, surtout hors des grandes zones urbaines.

En parallèle, il y aurait certainement des actions à mener pour aider les entrepreneur.e.s wallon.ne.s fabricants bien établis de produits à valeur ajoutée à exporter plus grâce au numérique, d’ailleurs tant en BtoC qu’en BtoB, pour stimuler leur croissance, le développement d’emplois, mais aussi pour rééquilibrer un peu plus la balance commerciale, qui l’est de moins en moins dans le segment de l’e-commerce compte tenu de la croissance phénoménale des importations en provenance surtout d’Asie. Le nombre de sites d’e-commerce reste en effet particulièrement faible en Wallonie, et pas suffisamment d’emplois sont actuellement créés dans ce secteur pour compenser la diminution inéluctable des postes de travail dans le retail, contrairement notamment au Pays-Bas.

3) Et, si derrière le mot Amazon, on voulait évoquer le succès, nettement plus discret mais très lucratif, de ce géant américain (ou d’ailleurs également d’autres géants comme Microsoft et le groupe Alibaba) dans les activités vers les professionnels (AWS, paiement électronique, secteur de la santé…), alors on ne pourrait que soutenir une révision de la politique d’aide économique (régionale, mais aussi indirectement via les “invests” et structures “Saace”) qui diminuerait le saupoudrage vers une quantité de starters, sans guère de discernement sur la pertinence des activités (très peu sont de réels “startups” et actifs dans des domaines présentant une possible monétisation autrement que par le marché publicitaire vers le grand public) et surtout sans guère d’effet levier (ces petits chèques ou apports étant brûlés à couvrir des frais de fonctionnement et non à de la R&D ou à de l’investissement, et il ne reste souvent plus rien après 24 mois), et qui au contraire concentrerait les plus en plus rares moyens publics à soutenir des investissements de “scale-ups” pour qu’elles continuent à créer de l’emploi en Wallonie et ne cèdent pas aux sirènes de terres étrangères plus accueillantes.

“Et si on créait un Amazon wallon?” Dans l’éditorial de ce jour de l’Echo, Francois-Xavier Lefèvre relève cette idée parmi le lot de propositions émises lors de la consultation “citoyenne” Get Up Wallonia.

Il est difficile de cerner bien précisément ce que les citoyens entendent derrière cette idée, et surtout ce que les pouvoirs publics devraient faire, à leurs yeux, puisqu’en principe ce type de création relève de l’entrepreneuriat privé (!).

1) S’il s’agit de créer une marketplace locale, il en existe déjà bien assez (voir l’article de Regional IT “les marketplaces: Le miroir aux alouettes?”). En plus elles sont très peu visibles et donc très peu utilisées par les citoyens (peut-être même ceux qui ont émis cette idée en ignorent-ils l’existence). Et pour couronner le tout, les places de marché à capitaux privés se plaignent des concurrences, qu’elles estiment déloyales car subsidiées, des “C-Nowäl” et autres actions lancées par des pouvoirs régionaux ou municipaux. Donc pas vraiment pertinent, surtout au stade actuel du développement du marché. C’était une initiative qui aurait pu être pertinente il y a 10 ans, et qui était d’ailleurs dans les cartons en… 2007 si je me rappelle bien 😉

2) Par contre, s’il s’agit d’être un catalyseur pour faire en sorte qu’un acteur logistique wallon émerge pour assurer la livraison en circuits courts de produits frais et surgelés (à domicile, mais aussi via des points de desserte), alors cela aurait certainement plus de sens, tant la Wallonie, pourtant terre d’excellence en logistique BtoB de palettes et idéalement située géographiquement au niveau européen, reste un nain au niveau logistique BtoC de colis locaux, surtout hors des grandes zones urbaines.

En parallèle, il y aurait certainement des actions à mener pour aider les entrepreneur.e.s wallon.ne.s fabricants bien établis de produits à valeur ajoutée à exporter plus grâce au numérique, d’ailleurs tant en BtoC qu’en BtoB, pour stimuler leur croissance, le développement d’emplois, mais aussi pour rééquilibrer un peu plus la balance commerciale, qui l’est de moins en moins dans le segment de l’e-commerce compte tenu de la croissance phénoménale des importations en provenance surtout d’Asie. Le nombre de sites d’e-commerce reste en effet particulièrement faible en Wallonie, et pas suffisamment d’emplois sont actuellement créés dans ce secteur pour compenser la diminution inéluctable des postes de travail dans le retail, contrairement notamment au Pays-Bas.

3) Et, si derrière le mot Amazon, on voulait évoquer le succès, nettement plus discret mais très lucratif, de ce géant américain (ou d’ailleurs également d’autres géants comme Microsoft et le groupe Alibaba) dans les activités vers les professionnels (AWS, paiement électronique, secteur de la santé…), alors on ne pourrait que soutenir une révision de la politique d’aide économique (régionale, mais aussi indirectement via les “invests” et structures “Saace”) qui diminuerait le saupoudrage vers une quantité de starters, sans guère de discernement sur la pertinence des activités (très peu sont de réels “startups” et actifs dans des domaines présentant une possible monétisation autrement que par le marché publicitaire vers le grand public) et surtout sans guère d’effet levier (ces petits chèques ou apports étant brûlés à couvrir des frais de fonctionnement et non à de la R&D ou à de l’investissement, et il ne reste souvent plus rien après 24 mois), et qui au contraire concentrerait les plus en plus rares moyens publics à soutenir des investissements de “scale-ups” pour qu’elles continuent à créer de l’emploi en Wallonie et ne cèdent pas aux sirènes de terres étrangères plus accueillantes.

Même si cela aurait évidemment moins de visibilité / médiatisation à court terme, cela permettrait de constituer sur le long terme un écosystème plus maillé qu’actuellement, peut-être de nature à rivaliser, dans certains niches, à des “géants”. Ce type de politique publique a été lancé dans certains lander allemands au début des années 2000, avec un résultat qui semble maintenant porter ses fruits, par exemple dans le domaine de l’open-source de logiciels de gestion industrielle. Un benchmark plus étendu de ces différentes politiques économiques au travers de l’UE (+ le Royaume Uni, la Suisse, la Norvège, Israel,…) mériterait d’être effectué pour s’appuyer sur les meilleurs pratiques publiques.